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Noir Océan

Noir Océan

De Stefan Mani

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et les Éditions Folio. Merci beaucoup !

Editeur : Folio Policier

Nombre de pages : 541

Quatrième de couverture :

Neuf marins embarquent sur le Per Se, un cargo islandais qui fait route vers le Surinam. Chacun de ces hommes emporte avec lui un terrible secret. À bord, l’ambiance est lourde, chargée de tension et d’hostilité. C’est leur dernier voyage ensemble, ils vont sans doute être licenciés ; une mutinerie se prépare, un passager clandestin, un truand notoire surnommé le Démon, est découvert. Soudain, alors qu’ils sont en pleine mer, les communications sont coupées et les moteurs sabotés. Bateau-fantôme, le Per Se tangue et dérive tandis que peu à peu la folie s’empare de tout l’équipage…

Critique :

Passagers, votre titre de transport s’il-vous-plaît !

Passagers l’embarquement est imminent !

Passagers, dites adieu à vos familles, vous n’allez très certainement jamais revenir !

Océan Noir – tout est perdu. Commencer un roman qui t’annonce déjà que toute tentative sera vaine, l’Océan est là, noir comme la nuit, sale, sombre, et ne laisse plus rien filtrer. as l’ombre d’une lumière. Pas une croisière de vacances, non, juste un voyage long, lent, suffocant, dur. Le pivot de ce voyage : les personnages. tant de noms, tant de visages, qui gravitent, qui évoluent dans cet espace réduit. Mais cet ensemble de voix et de chair est constitué d’individualités, tous ont leurs secrets, leurs motivations, leurs aspirations, leurs blessures. Ces êtres tendus vont se côtoyer pendant un temps indéterminé, coupé de toute civilisation, de toute terre, juste la mer qui file sous leurs pieds. Tant d’hommes complexes et retors soudés dans un même acier, dans un même mouvement. Ces noms islandais qu’on nomme et renomme tout au long du voyage, au détour des ponts, des cabines. On s’attend, on chuchote, on s’engueule. Sur ce bateau, tout est décuplé. Enfermé dans un même bateau, tout est multiplié, décuplé. Une mutinerie se prépare, un intrus s’est glissé parmi les passagers, bref, tout commence mal, et ce n’est que le début du voyage sur l’Océan Noir. Huis-clos au cadre écœurant. Acier, eau croupie, tranchant, rouille, fer, autant de matériaux de l’enfer, tout devient hostile, même l’inanimé. L’épave flottante sur l’océan noir a des allures de bateau fantôme. Voilà les principaux pivots du roman de Stefan Mani. Un roman qui a la force de ralentir, qui ose prendre son temps, ne pas aller plus vite que le bateau lui-même, suivre les flots, même si ça peut durer des heures. Les débuts sont longs, difficiles, on répugne à entrer dans un bateau si crasseux, si terrible. L’escale fait respirer. Puis ça repart, et enfin ça démarre réellement, ça se débloque, ça explose … L’impression de ne jamais sortir de ce bordel, de revivre les mêmes choses, au travers des différents personnages. Chacun pris à part, chacun qui donne l’occasion de voir et de sentir ce qui se passe. Le lecteur revêt mille masques. Mais voilà, l’épave fini par sombrer dans l’oubli. Un Titanic couvert de mousse dont la fin achève la lente noyade, la lente destruction. L’intrigue ne supporte pas l’écriture. Cette dernière est trop forte pour être construite sur une épave branlante, pour tenir sur des pilotis. Quel aurait été mon bonheur, de frémir dans cette atmosphère étouffante, d’angoisser à l’idée de connaître la suite. Ici, on reste vraiment dans le roman noir trouble, troublé par le reflet de l’eau. L’écriture tente de faire flotter le tout, mais le livre reste inlassablement au fond de l’océan, sans remonter. Ces multiples visages jouent une tragédie fade, trop réaliste pour injecter l’adrénaline du lecteur de policier. Une telle écriture avec une intrigue ultra-complexe et raffinée à la façon Christie aurait été juste le roman idéal, le roman-monde noir. Cela aurait été le côté sombre d’un Ulysse joycien, alliant classique et modernité, génie passé et écriture tranchante contemporaine. Mais écrire un tel livre aurait signé la mort du policier, puisque plus rien n’aurait pu être écrit après. Alors, heureusement qu’il n’a pas été écrit. Heureusement, mais tellement dommage quand même. L’Océan est profond, et cache de si nombreuses choses. L’océan ne peut juste être noir, l’océan est noir et … tout. Il faut que l’eau soit gelée et extrêmement salée. Un premier roman prometteur, indéniablement, mais l’aboutissement émergera peut-être dans les prochains écrits.

Mon appréciation : 14/20

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Rupture

Rupture

De Simon Lelic

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et les Éditions Folio. Merci beaucoup !

Editeur : Folio Policier

Nombre de pages : 359

Quatrième de couverture :

Que s’est-il passé dans ce collège anglais par un après-midi caniculaire? Pourquoi le prof d’histoire, monsieur Szajkowski, a-t-il ouvert le feu sur ses élèves et ses collègues avant de retourner l’arme contre lui? Dépression nerveuse? Pétage de plombs? Schizophrénie?
L’inspecteur Lucia May se voit confier cette enquête sous l’œil de sa hiérarchie. Médias et politiques s’y intéressent de près… Pourtant, au fil des témoignages des adolescents, de leurs parents, des professeurs, quand Lucia pose les bonnes questions – forcément dérangeantes – se dessine une vérité complexe. Derrière la brutalité des faits rôde une violence insidieuse et meurtrière.

Critique :

Retour, pour moi, après de très nombreux mois, à la chronique, à la critique de romans. Cela fait depuis Août que je n’ai pu participer aux partenariats, faute de temps, ce traître de temps qui ne nous laisse aucun répit. Mais, ça y est, la locomotive redémarre, et je ne compte plus m’arrêter de si tôt.

Retour dans l’univers du roman noir, du policier sombre, avec ce premier roman de Simon Lelic, ex-journaliste Free-Lance. Un style journalistique qui ressort, qui surgit dans son style, épuré, neutre, sans concession aucune. Mais par la forme aussi, des fragments, parfois, des témoignages, des bouts de récits. Les chapitres sont décousus, la construction oscille entre intériorité, pensées, récits, … C’est ça la force principale du roman – la forme et le style, une plume aiguisée mariée à la condensation. Toute l’histoire nous est transmise par divers personnages, comme dans un film à la Gus Van Sant, où les travellings interminables nous dépeignent le moindre détail, rien n’échappe, tout est vrai, sans artifice. Les mots, le langage de chacun transparait, et avec lui, les stigmates des personnages ressortent. Leurs manière de s’exprimer, leurs tics de langage, tout est un matériau brut, que le lecteur doit polir. Original, vraiment, comme mise en scène, et surtout pour un roman noir comme celui-là. Son thème s’y prête bien, se dirait-on. Pas de dénonciation, pas de parti pris, que de l’objectivité journalistique face à un meurtre sans nom. Mais pourtant, derrière ce style épuré, se cache une plume révoltée et révoltante, une plume dénonciatrice. Comme derrière le meurtre se cache autre chose, les mots masquent la colère. Plus on avance dans l’enquête, et plus tout se dévoile (logique, non) même si l’on connaît déjà le coupable. Ce qui se dévoile, c’est autre chose : la vraie horreur, les harcèlements, la face sombre de l’homme, qui pousse et détruit, à petit feu, l’autre, son semblable, à coups de mots bien choisis, bien pesés. Simon Lelic met à nu l’humanité sombre et ses affres destructeurs, capables de transformer un homme en déséquilibré. L’horreur pour l’horreur, le massacre pour le massacre. Un roman, un premier roman, qui a tout pour plaire, incisif, engagé, épuré mais subtil à la fois. Mais le roman noir ne m’a jamais touché, ne m’a jamais marqué. Un roman noir me déstabilise, face à des réalités malheureusement dépeintes avec un effroyable réalisme. Réaction de protection incontrôlable, je ne peux rentrer complètement dedans, et je le prends avec mépris. Néanmoins, ce premier roman mérite une attention particulière, de par son thème, de par le traitement de ce thème, de par son habileté et sa profondeur immergée. Un bon roman, somme toute, qui rompt avec l’homme, rompt avec l’empathie des personnages, mais va au profond de la fêlure, là où tout commence – Rupture.

Mon appréciation : 16/20

Le silence pour preuve

Le silence pour preuve

De Gianrico Carofiglio

Critique dans le cadre du jury policier Seuil et Babelio. Merci beaucoup !

Editeur : Seuil

Nombre de pages : 248

Quatrième de couverture :

Manuela, étudiante de la petite ville de Bari, dans les Pouilles, a disparu depuis six mois, et le procureur s’apprête à classer l’affaire. Désespérés, les parents de la jeune fille persuadent l’avocat Guido Guerrieri d’enquêter à son tour. S’improvisant détective, Guerrieri décide de tout reprendre à zéro. Il convoque les témoins, cherche les failles, les indices, les coïncidences. Mais les jeunes gens qu’il rencontre lui offrent des récits trop lisses… La nuit, donnant libre cours à sa mélancolie naturelle, il vagabonde seul dans la ville et se réfugie parfois dans le bar de Nadia, une ancienne cliente au charme indéniable. Au fil des promenades, des conversations, et des confidences à son vieux sac de boxe, une conviction s’impose : la solution se cache dans les non-dits, dans le silence et dans le vide. C’est alors que se produit l’illumination décisive.

Critique :

Depuis que je fais partie du jury Seuil Policier, je découvre, j’explore de nouveaux mondes de polars, des mondes dont je n’aurais peut-être, de mon plein gré, jamais foulé les terres. C’est une chance de pouvoir découvrir et lire de nouvelles histoires, de nouvelles affaires. Voilà un nouveau roman : Le silence pour preuve. Le titre m’intriguait, fortement. Un titre accrocheur, somme toute. J’avais hâte de voir ce qui se cachait derrière ces lettres, derrière cette annonce énigmatique. Cependant, je n’aurais jamais pensé que ce titre, ces 3 mots inscrits en gros et en jaune sur la couverture, me donnerait la clé de toute l’histoire…

Dehors, les inspecteurs et autres policiers enquêteurs. Fini. Terminé. Exit les vieux commissariats, ici on pénètre dans l’intérieur moderne et soigné d’un cabinet d’avocat. Ah ! Premier changement, première brise fraîche qui annonce un polar un peu éloigné des carcans rigides. Un avocat sérieux, sympathique, aux cheveux grisonnant, mais qui ne se laisse pas aller pour autant. Non, au contraire, il boxe, il s’entraîne chez lui, sur un sac suspendu dans son appartement. Un sac qui devient presque un ami, ou un psychanalyste. Son ballottement et ses bruits étouffés pourraient avoir quelques significations. Le sport qui lui permet de réfléchir, sainement, sur ses affaires, publiques ou privées.

« Tout commença par un coup de téléphone innocent » Premiers mots de l’affaire, premiers mots du livre. Innocent ? Ironique, bien sûr. Un ancien ami avocat l’appelle et lui confie ses deux clients, au bord du gouffre. Une ancienne histoire, toujours non résolue par la police, mais les faits sont bien là : la fille des deux clients, Manuela, a bien disparu depuis six mois et vivre dans l’espoir qu’elle vit encore, espoir qui s’efface de jour en jour, n’est plus soutenable. Il faut donc que notre cher Guido Guerrieri questionne, enquête à son tour, et tente de trouver, ne serait-ce qu’une réponse, à cette mystérieuse disparition. Pas facile, certes, mais le désespoir des deux parents vaut bien qu’on tente le coup. Alors, le voici engagé, l’avocat, dans une série d’interrogatoires. Il faut retrouver les amies de Manuela, ses ex, les témoins, tout ce beau monde qui paraissait un peu trop silencieux à son goût. Commencent alors les dialogues, beaucoup de dialogues, dans ce roman. Des dialogues qui accélèrent le récit, le rendent fluide, efficace, direct. Il écoute ces paroles, trébuchantes, hésitantes, et tente de poser les bonnes questions. Puis, des liens se tissent, et un thème revient sans cesse, dans les différents témoignages : la drogue. Comme une ombre surplombant l’affaire déjà sombre, la drogue est là, on n’en parle, ou on refuse d’en parler. Quels liens avec cette Manuela ? Puis vient Caterina, une jeune amie de la jeune fille, qui semble charmer l’avocat. Voilà de quoi complexifier l’affaire. Ou la simplifier … Bref, le roman est assez court, concis, il va à l’essentiel, sans grandes fioritures. Efficace, donc, jusqu’à la révélation finale. Ce qu’on nous annonçait comme une « illumination décisive » se règle en quatre pages, et l’histoire s’effondre comme un soufflet au fromage, par sa stupéfiante simplicité. Je n’ai pas compris pourquoi l’écrivain avait construit cette fin. Délais trop courts, envie de terminer l’histoire. Il est facile de spéculer sur les motivations d’un écrivain. Mais je ne suis pas là pour ça. Je constate juste, en tant que simple lecteur, que parcourir ces 200 et quelques pages n’ont servi à rien. Rien, puisque la solution était là, évidente, comme le sont ces 3 mots de la couverture. Vraiment dommage, l’univers me plaisait, l’avocat, les cafés italiens, Rome, les italiennes, qui me rappellent mes voyages et les décors de la Cinécitta. En parlant de film, Le silence pour preuve se voit attribuer, cette année, la Palme d’Or de la fin complètement raté.

Mon appréciation : 13/20

Jeux de Vilains

Jeux de Vilains

De Jonathan Kellerman

Critique dans le cadre du jury policier Seuil et Babelio. Merci beaucoup !

Editeur : Seuil

Nombre de pages : 440

Quatrième de couverture :

Pour arrondir ses fins de mois, Bob Hernandez se rend à une vente aux enchères de biens abandonnés, dans l’espoir de tomber sur un petit trésor à revendre sur eBay. En fait de trésor, quarante-deux petits os cachés au fond d’une boîte : trois mains, ou trois pattes peut-être… ? Au même moment, à l’autre bout de Los Angeles, Alex Delaware et Milo Sturgis foncent vers le Marais aux Oiseaux, un improbable morceau de verdure caché sous des ponts autoroutiers. On a retrouvé un cadavre dans l’eau : femme blanche, la vingtaine, strangulation. Et main gauche disparue, découpée avec une précision chirurgicale. La première victime d’une horrible série…  Milo, Alex et le jeune détective Moses Reed ont peu de temps, et peu d’indices.

Critique :

On connaît le topo. On connaît la chanson. C’est comme cette vieille cassette qu’on garde, nostalgique, et qu’on adore se réécouter en boucle sur le vieux poste des grands-parents, encore allergiques à la modernité. On sort toujours la même cassette, et on la sait par cœur, les paroles coulent sur notre bouche, plus rien de surprenant, juste du plaisir. Un meurtre, bizarre parfois, puis l’enquête, l’enquêteur charismatique, les suspects qui paraissent louches et ceux qui le sont moins mais qui finalement seront louches aussi, et puis le suspect qu’on voit au tout début, qu’on soupçonne d’emblée, puis qu’on oublie et qui finalement s’avère être le bon. La bande-son passe en boucle, en boucle, toujours la même chose. Oui c’est plaisant mais tout passe. Il arrive ce jour où on n’écoutera plus cette cassette, il faut de la surprise, de la nouveauté. Ressasser la même chanson lasse, indéniablement. Désolé, Jonathan, Jeux de Vilains n’était pas ce petit quelque chose qui a fait dérailler la bande noire de la cassette, ce petit quelque chose qui fait que, d’un coup, le commun ultra-connu dérape et change brusquement, marque, déroute. Non, pour moi il est rentré dans le moule de polars bien ficelés – mais je déteste les moules.

Cadre : le Marais aux Oiseaux. Un Marais spongieux en plein milieu de la ville. Victimes : 3,4, … Corps de femmes sans mains. Enquêteurs : Alex, Milo et Reed. Au début, des choses éparses, des fragments d’histoire sans lien apparent (encore un lieu commun). Le jeune Chance, lycéen rebelle, condamné à faire ses travaux d’intérêt généraux dans le Marais, sous l’oeil vigilant d’un vieil alter-mondialiste un peu timbré, (Duboff) qui reçoit un soir un appel mystérieux. Puis Bob Hernandez, qui apparaît dans l’histoire d’un coup de baguette magique – besoin d’argent, direction Ebay. Veut vendre une petite boîte achetée récemment – et découvre qu’elle contient des os. Pas d’animaux, non, ces os sont vraiment trop étranges. Puis la découverte d’un corps dans le marais, à la main découpée. Mince, serait-ce les os de … ? Oui, en fait. Lien trop vite découvert. Pas de suspense, rien d’inquiétant. On s’attend à une promenade de santé. Face à l’horreur du crime, on ne ressent rien. On connaîtrait presque le coupable. Et puis ça ne tardera pas à arriver. Les premiers suspects – une famille qui employait l’une des victimes – oui, plusieurs corps vont être découverts – en tant que professeur de piano. Des personnages troublés, bizarres. Les premières impressions seront les bonnes. Les enquêteurs sont là, décorent l’histoire. Leur histoire apparaît de temps en temps, de manière très elliptique, pour tenter de leur apporter une nuance de couleur. Mais rien n’y fait. Ils sont fades, trois hommes constamment là, qui brouillent le récit. Un personnage étoffé aurait été le bienvenu, à la place de trois personnages brouillons. Bref, on parcoure ce polar comme un vrai long fleuve tranquille. Rien n’éclabousse, tout glisse. Rien qui accroche, et rien qui plaît. Autant il n’y a rien que j’ai détesté, autant il n’y a rien que j’ai aimé, alors, comment vous dire, je suis embarrassé. Il y a une nouvelle génération de polars, mélange entre un Mary Higgins Clark et un Hunter S. Thompson. Mary Higgins Clark, ou les vieilles ficelles du polar que je copie/colle à chaque fois – Hunter S. Thompson pour la modernité plaisante – crue, violente. La prose de ce dernier en moins, bien sûr, dans les polars. Une écriture plutôt plate, simple, immédiatement compréhensible, pas de mots cachés, de mots à double sens, de paroles lâchés dans un coin de rue qui auront une importance extrême. Rien de tout cela. Juste un scénario auquel on se tient, et qu’on peut lire à l’avance, dans toutes les bonnes librairies, en prenant l’un des exemplaires de la gamme extrêmement longue. Je sais pas pourquoi, d’un coup, ce soir, cette critique, ce billet me sert de manifeste anti-polar formaté. Je ne sais pas pourquoi. Désolé, Jeux de Vilains, je ne t’en veux pas particulièrement. N’en fais pas une affaire personnelle. J’aurais du me méfier – la main sur la couverture m’annonçait déjà tout ça. Regardez le sang sur son bras, pas clair, pas net, juste une petite tâche rouge esquissée. Rien de flagrant, rien de surprenant. Les illustrations ne sont jamais là par hasard, j’en suis convaincu.

Mon appréciation : 11/20

Le paradis ou presque

Le paradis ou presque

De Charlie Huston

Critique dans le cadre du jury policier Seuil et Babelio. Merci beaucoup !

Editeur : Seuil

Nombre de pages : 365

Quatrième de couverture :

Hank Thompson est content : il a trouvé le remède pour ses oreilles bouchées, et a placé en lieu sûr les 40 millions de dollars arrachés à la mafia russe de New-York. Hank aime bien nager tout nu dans la mer turquoise avant d’aller dormir avec son meilleur ami, Bud le chat. Le paradis, en somme. Ou presque : un jeune routard débraillé, bouille ronde et accent russe, débarque sur sa plage. Il pose des questions. Trop de questions. Et lui propose un deal : l’argent contre la vie de ses parents. Embarqué dans une course folle, direction Las Vegas, Hank doit se débarrasser de ses compagnons de voyage trop curieux, échapper à la mafia, et aussi retrouver ce foutu magot, gardé par son copain Tim qui a eu la bonne idée… de se volatiliser.

Critique :

« Let’s go, man ? »

Il est là, devant moi, Charlie Huston. Dans une belle Chevrolet Impala 1959, dont j’entends le moteur ronronner légèrement. Ses Wayfarer sur le nez, il attend, avec un sourire ultra-bright de chez Hollywood. Une montre clinquante, et un dent de requin qui vacille, accrochée au rétroviseur. Et moi, avant de monter, je regarde autour de moi le vide solaire du désert de Californie. Allez, c’est parti, je prends mon sac à dos posé sur le bitume brûlant, j’ouvre la porte, j’ouvre la page. Le voyage peut commencer.

En matière d’univers américain, difficile de faire mieux. Difficile de ne pas pouvoir, de ne pas vouloir y aller. Ca tente, il faut dire, depuis qu’Hollywood nous assomme de route 66 et de trips qui finissent mal. Dès les premières pages, tu crois embarquer aux States, mais en fait, pas tout à fait. D’abord l’île, une île calme où t’as le temps de faire la connaissance de Hank Thompson, le « héros » que tu va te coltiner pendant tout le récit. Il se la coule douce, sur cette parcelle de terre entourée d’eau claire, dans une petit bungalow, où l’ombre de Bud, son chat, flotte. Une vie tranquille, agréable, le Bar et son patron devenu ami, les filles de passages qui défilent sur la plage, le soleil. Allright, man. Voilà commence le roman, déroutant tout de même, pour un roman dont les paroles d’Harlan Coben résonnaient encore en moi, après la lecture de la quatrième de couverture. « Wouah! C’est brutal, viscéral, électrique. Brillant. » Mouais, pour l’instant, il faut dire qu’on s’ennuie un peu. Le soleil commence à taper, les filles ne s’intéressent qu’à Hank, et rien ne se passe. Puis l’arrivée de ce russe va tout faire basculer. On commence à voir que notre héros n’est pas tout blanc, au contraire. Un passé trouble, très trouble, marqué par des centaines, des milliers de billets verts. Alors, comme ça, l’île, c’était un abri, un lieu d’isolement. Nouveau nom, nouvelle identité. Mais voilà, le russe là-bas, sous ses airs de touriste, il connait sa véritable identité et autant dire que ça va pas tarder à flinguer. Le roman commence enfin, Hank fuit, tue. Lorsqu’il commence enfin à bouger, à courir, le roman démarre. Tout s’enchaîne, la voiture de Charlie s’emballe. Elle en avait pas l’air, mais la titine en avait sous le capot. Impressionnant, j’ai du mal à décrocher. Sans chapitres, sans coupures, sans pauses, le texte en bloc fait défiler sous mes yeux une multitude d’images, violentes, agaçantes, surgissantes. Comme un générique de film. On voit ces noms qui s’accumulent, ces rencontres fortuites, involontaires, dérangeantes, dangereuses. Un roman assez intense, vulgaire, humain. On se prend au jeu, on se laisse embarquer dans l’histoire sans pouvoir descendre. Alors qu’au début, il ressemblait plutôt à un mauvais lieu de tournage, avec son paradis artificiel, ses perches dans le cadre, et ses mauvais acteurs, le récit tend peu à peu vers le thriller, le polar comme on les aime, surprenant, déroutant. J’ai aimé, j’avais peur de ne pas aimer, quand je voyais cet Eden de pacotille où lézardait un magouilleur, mais il faut croire que j’apprécie trop le vent frais dans le visage pour nuancer ce voyage. « Great, man, it was really great. »

Mon appréciation : 15/20


Oeil-de-Serpent

Oeil-de-Serpent

de Joyce Carol Oates

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Blog-O-Book et Archipoche . Merci à eux !

Edition : l’Archipel (ArchiPoche)

Nombre de pages : 368

Quatrième de couverture :

Lee Roy Sears, reconnu coupable de meurtre et incarcéré dans le Connecticut, porte sur son bras un tatouage qu’il nomme « oeil-de-serpent » : un serpent enroulé, d’un noir brillant pailleté d’or, avec une tête d’humanoïde – un chef-d’oeuvre dont les yeux roulent lorsqu’il joue des muscles.Michael O’Meara, jeune avocat idéaliste, est convaincu de son innocence.
Grâce à sa pugnacité, il parvient à faire commuer la sentence de mort en peine à perpétuité, puis, après dix ans de prison, il obtient sa libération. Il lui trouve même un emploi d’instructeur dans un centre de réinsertion d’anciens combattants de la guerre du Vietnam. Michael s’est pris de sympathie pour cet ancien détenu. C’est là sa plus grande erreur. Bientôt son couple est menacé et sa vie se transforme en cauchemar…

Mon avis :

Comment les livres arrivent à nous émouvoir, nous terrifier, nous réjouir ? Juste des mots, des phrases qui se matérialisent et agissent sur vous comme si ils vous frappent en plein visage, ou qu’ils vous caressent. Une Histoire, souvent montée de toute pièce, fruit d’une imagination débordante, torturée, et qui pénètre et agit sur la vôtre, qui s’imbrique dans votre Histoire à vous, impuissant face à la puissance effrayante des mots. Une histoire qui s’immisce – et qui change la vôtre, est-ce possible, Mr O’Meara ? Ses lèvres se courbent déjà avant qu’il ne te lance un « Oui » teinté de haine et de tristesse.

Un Avocat qui défend un accusé à Mort. Quoi de plus normal. Il fait son métier, une routine de plus dans la vie d’un Homme. Prendre connaissance du dossier, défendre, se battre puis passer à autre chose. Une autre affaire, rentrer chez soi, dans sa famille, et oublier le reste. Mais l’histoire n’aurait pu s’arrêter là, non. Le client n’est pas ordinaire. Avec son allure patibulaire et son tatouage déroutant en forme de serpent, il n’inspire pas la crainte, et pourtant… Il aurait tué, violé, maltraité, violenté. On l’accuse à Mort. Et l’avocat est convaincu de son innocence. Moi, lecteur, je ne peux qu’être d’accord, l’écrivaine prend le parti judicieux de ne presque rien laisser paraître du dossier, quelques bribes, quelques fragments tout au plus. Puis voilà, les mots nous peignent un accusé au cœur tendre, alors comment ne pas croire à son innocence ? On y croit et l’Avocat se bat pour qu’il soit libéré au plus vite. Il le sera / il n’aurait pas dû…

Le prisonnier s’installe non loin de la demeure de l’avocat. Tout se passe merveilleusement. Il travaille dans un Centre d’intégration, il se rend souvent chez les O’Meara, se lie d’amitié avec tout le Monde : la femme, les deux enfants, et son avocat bien sûr, envers lequel il est très reconnaissant. Ils viennent tous deux d’un univers fermé : les barreaux métalliques de la cellule, les barreaux de la Cour; alors ils se rapprochent. Michael aide Lee Roy Sears dans sa nouvelle vie. Une vie qui va devenir un Enfer. L’élément déclencheur : le don artistique de Sears. Au Centre, il sculpte des statues obscènes, sanglantes, démoniaques. Et il lacère les toiles de touches de couleurs morbides. L’Art pose problème. L’Art fait scandale. La presse et les autorités s’inquiètent. Sears devient incontrôlable. Et l’amitié va vite se transformer en haine. Les fils étaient trop tendus, beaucoup trop tendus. D’un jour à l’autre, l’ami bienveillant se transforme en ombre inquiétante. Un Oeil qui vous surveille, un Serpent qui se glisse, vous encercle, et resserre son étreinte. Horrible, le cauchemar commence. Les coups de fils incessants, menaçants. Les filatures. Les violences. Et puis, l’impensable. Le sang, les marques de couteau. Une femme défigurée à vie. Impossible, terrifiant. Il faut réagir, mais on ne sait pas comment. La Justice ? Non, sa justice, sa propre justice. Une chasse à l’homme, un bouillon de mépris. Les hommes vont exploser, se détruire.  A chaque page, les mots palpitent. Les doigts qui tiennent la tranche du livre font mal, les pages entaillent légèrement la peau. Et ce serpent qui empêche d’en sortir. Tout est orchestré par l’écrivaine. Jusqu’à ma réaction, jusqu’à ma simple respiration. J’ai du parfois me faire violence pour lire ce livre, certains passages étaient longs, difficiles. Mais je crois que même ces passages font partie du délire. Partie de cette histoire suffocante et déstabilisante. Une histoire qui tourne mal, du jour au lendemain.

Mon appréciation : 16/20

La Tour Noire

La Tour Noire

De Louis Bayard

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Blog-O-Book et Le Cherche Midi

Editeur : Le Cherche Midi

Nombre de pages : 397

Quatrième de couverture :

Paris, 1818. Les expériences révolutionnaires et napoléoniennes ont vécu. Dans un pays en pleine confusion politique, les Bourbons, en la personne de Louis XVIII, sont de retour sur le trône. C’est dans ce contexte politique et social trouble qu’Hector Carpentier, un jeune étudiant en médecine, est soupçonné du meurtre d’un inconnu. Mais le directeur de la Sûreté nationale, François Eugène Vidocq, doute de la culpabilité d’Hector. Personnage mystérieux, féru d’investigations scientifiques et d’espionnage, Vidocq doit mettre tous ses talents en œuvre lorsqu’il comprend que l’affaire est liée à la disparition du Dauphin, louis XVII, officiellement mort en 1795 à l’âge de dix ans à la prison du Temple, construite cinq siècles plus tôt par les Templiers. Alors qu’un tueur mystérieux continue à sévir dans les rues de Paris, commence pour Vidocq, secondé d’Hector, une enquête passionnante.

Mon avis :

Quelle image avons-nous de l’Histoire ? de l’histoire de France ? Des beaux livres dorés, écrits avec enluminures, écriture arrondie et minutieuse, péripéties glorieuses, passé de guerres, de rois et de reines. Une belle Histoire, oui, qu’on relate, qu’on glorifie ou que l’on cache. Rentrer dans cet univers, c’est rentrer dans un lieu sacré, où le moindre de vos pas, de vos mots, pourrait profaner les tombes illustres. Le silence est de mise. Voilà l’image, l’image parfaite du passé. Mais tout n’est pas si rose. Les moments sombres de l’Histoire – ces zones d’ombres inaccessibles – ponctuant ce beau film clinquant; mis sous clef, oubliés. Il vaudrait mieux les oublier, dit-on, mais quand on vous tend cette clef, qu’on vous la montre, qu’on vous tente – on ne peut résister. C’est alors que tout s’éclaire, que les bougies s’allument et mettent en lumière, enfin, ce qui restait dans l’ombre. « Silence, monseigneur. » Oui, silence ! Et sachons enfin la vérité.

Que savons-nous de Louis XVII ? Fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette; « mort à la Prison du Temple », parents guillotinés. Ce que l’on sait aujourd’hui, on le sait déjà en 1818, après l’éviction de la famille royale et l’Empire de Napoléon. Les Bourbons sont revenus sur le trône – histoire « de remettre de l’ordre ». On souffle après tous ces bouleversements. Hector Carpentier, lui, loge chez sa mère, froide et distante, et son père vient de mourir. De vieillesse, ne nous emballons pas. Il est triste, elle ne montre rien, comme d’habitude, à se demander si elle l’aimait, ou si elle peut aimer … Bref sa vie est réglée comme du papier à musique, concerto le matin, sonate le soir; promenade, cours de médecine. Rien n’est laissé au hasard. Mais quand un homme vient de mourir, alors qu’il se rendait chez vous; adieu les promenades. Et bonjour Vidocq, chef de la Sureté Nationale. Un original, dans le métier; une équipe de malfrats qu’il convertit. C’est alors le début de l’enquête – indices, interrogatoires, rencontres, découvertes. On en vient au père d’Hector et à Louis XVII. Mais quelle est donc cette Histoire ? Quel lien entrer Hector et le Dauphin de France, dont le cadavre est sous terre depuis un moment ? C’est là toute la question. Hector et Vidocq ne vont pas tarder à y répondre. Les apparences peuvent être trompeuses, les cadavres aussi …

Je ne m’y attendais pas. Ni à la fin, ni à mon plaisir. A rien de tout cela. Pendant tout le long, Louis Bayard nous guide, ballotés dans le fiacre royal, il fouette les chevaux et leur crie d’aller plus vite. Ca bouge beaucoup, les pavés sont nombreux, et l’on sursaute sans cesse. On assiste au tumultes de l’extérieur, bien au chaud. On ne s’ennuie pas, ça c’est sûr. Des chapitres courts, comme autant de coups de pistolets sur la Bastille. Des gens crient, mentent. Et cette hypocrisie. On s’y croit, c’est incroyable. Je baisse les yeux, mon jeans a toujours l’apparence d’un pantalon terne, post-révolutionnaire. On est encore dans ce fiacre – devant moi est assise une belle noble, qui masque la moitié de son visage par un large éventail noir, mais je vois qu’elle sourit, ses yeux se plissent. Louis Bayard donne un autre coup de fouet. Le parfum de la demoiselle se répand dans tout l’habitacle – enivrant. Je tourne la tête vers la petite fenêtre sale, j’ouvre le mince rideau rouge pour voir où nous nous dirigeons. Elle est là, je la vois. La Tour du Temple, Noire. Elle se dresse, s’impose, effraie. Je sais que c’est là que Louis Bayard m’emmène. Quelques années auparavant, tout s’y est fini. Maintenant, c’est là que tout va commencer …

Mon appréciation : 16/20