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Noir Océan

Noir Océan

De Stefan Mani

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et les Éditions Folio. Merci beaucoup !

Editeur : Folio Policier

Nombre de pages : 541

Quatrième de couverture :

Neuf marins embarquent sur le Per Se, un cargo islandais qui fait route vers le Surinam. Chacun de ces hommes emporte avec lui un terrible secret. À bord, l’ambiance est lourde, chargée de tension et d’hostilité. C’est leur dernier voyage ensemble, ils vont sans doute être licenciés ; une mutinerie se prépare, un passager clandestin, un truand notoire surnommé le Démon, est découvert. Soudain, alors qu’ils sont en pleine mer, les communications sont coupées et les moteurs sabotés. Bateau-fantôme, le Per Se tangue et dérive tandis que peu à peu la folie s’empare de tout l’équipage…

Critique :

Passagers, votre titre de transport s’il-vous-plaît !

Passagers l’embarquement est imminent !

Passagers, dites adieu à vos familles, vous n’allez très certainement jamais revenir !

Océan Noir – tout est perdu. Commencer un roman qui t’annonce déjà que toute tentative sera vaine, l’Océan est là, noir comme la nuit, sale, sombre, et ne laisse plus rien filtrer. as l’ombre d’une lumière. Pas une croisière de vacances, non, juste un voyage long, lent, suffocant, dur. Le pivot de ce voyage : les personnages. tant de noms, tant de visages, qui gravitent, qui évoluent dans cet espace réduit. Mais cet ensemble de voix et de chair est constitué d’individualités, tous ont leurs secrets, leurs motivations, leurs aspirations, leurs blessures. Ces êtres tendus vont se côtoyer pendant un temps indéterminé, coupé de toute civilisation, de toute terre, juste la mer qui file sous leurs pieds. Tant d’hommes complexes et retors soudés dans un même acier, dans un même mouvement. Ces noms islandais qu’on nomme et renomme tout au long du voyage, au détour des ponts, des cabines. On s’attend, on chuchote, on s’engueule. Sur ce bateau, tout est décuplé. Enfermé dans un même bateau, tout est multiplié, décuplé. Une mutinerie se prépare, un intrus s’est glissé parmi les passagers, bref, tout commence mal, et ce n’est que le début du voyage sur l’Océan Noir. Huis-clos au cadre écœurant. Acier, eau croupie, tranchant, rouille, fer, autant de matériaux de l’enfer, tout devient hostile, même l’inanimé. L’épave flottante sur l’océan noir a des allures de bateau fantôme. Voilà les principaux pivots du roman de Stefan Mani. Un roman qui a la force de ralentir, qui ose prendre son temps, ne pas aller plus vite que le bateau lui-même, suivre les flots, même si ça peut durer des heures. Les débuts sont longs, difficiles, on répugne à entrer dans un bateau si crasseux, si terrible. L’escale fait respirer. Puis ça repart, et enfin ça démarre réellement, ça se débloque, ça explose … L’impression de ne jamais sortir de ce bordel, de revivre les mêmes choses, au travers des différents personnages. Chacun pris à part, chacun qui donne l’occasion de voir et de sentir ce qui se passe. Le lecteur revêt mille masques. Mais voilà, l’épave fini par sombrer dans l’oubli. Un Titanic couvert de mousse dont la fin achève la lente noyade, la lente destruction. L’intrigue ne supporte pas l’écriture. Cette dernière est trop forte pour être construite sur une épave branlante, pour tenir sur des pilotis. Quel aurait été mon bonheur, de frémir dans cette atmosphère étouffante, d’angoisser à l’idée de connaître la suite. Ici, on reste vraiment dans le roman noir trouble, troublé par le reflet de l’eau. L’écriture tente de faire flotter le tout, mais le livre reste inlassablement au fond de l’océan, sans remonter. Ces multiples visages jouent une tragédie fade, trop réaliste pour injecter l’adrénaline du lecteur de policier. Une telle écriture avec une intrigue ultra-complexe et raffinée à la façon Christie aurait été juste le roman idéal, le roman-monde noir. Cela aurait été le côté sombre d’un Ulysse joycien, alliant classique et modernité, génie passé et écriture tranchante contemporaine. Mais écrire un tel livre aurait signé la mort du policier, puisque plus rien n’aurait pu être écrit après. Alors, heureusement qu’il n’a pas été écrit. Heureusement, mais tellement dommage quand même. L’Océan est profond, et cache de si nombreuses choses. L’océan ne peut juste être noir, l’océan est noir et … tout. Il faut que l’eau soit gelée et extrêmement salée. Un premier roman prometteur, indéniablement, mais l’aboutissement émergera peut-être dans les prochains écrits.

Mon appréciation : 14/20

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Rupture

Rupture

De Simon Lelic

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et les Éditions Folio. Merci beaucoup !

Editeur : Folio Policier

Nombre de pages : 359

Quatrième de couverture :

Que s’est-il passé dans ce collège anglais par un après-midi caniculaire? Pourquoi le prof d’histoire, monsieur Szajkowski, a-t-il ouvert le feu sur ses élèves et ses collègues avant de retourner l’arme contre lui? Dépression nerveuse? Pétage de plombs? Schizophrénie?
L’inspecteur Lucia May se voit confier cette enquête sous l’œil de sa hiérarchie. Médias et politiques s’y intéressent de près… Pourtant, au fil des témoignages des adolescents, de leurs parents, des professeurs, quand Lucia pose les bonnes questions – forcément dérangeantes – se dessine une vérité complexe. Derrière la brutalité des faits rôde une violence insidieuse et meurtrière.

Critique :

Retour, pour moi, après de très nombreux mois, à la chronique, à la critique de romans. Cela fait depuis Août que je n’ai pu participer aux partenariats, faute de temps, ce traître de temps qui ne nous laisse aucun répit. Mais, ça y est, la locomotive redémarre, et je ne compte plus m’arrêter de si tôt.

Retour dans l’univers du roman noir, du policier sombre, avec ce premier roman de Simon Lelic, ex-journaliste Free-Lance. Un style journalistique qui ressort, qui surgit dans son style, épuré, neutre, sans concession aucune. Mais par la forme aussi, des fragments, parfois, des témoignages, des bouts de récits. Les chapitres sont décousus, la construction oscille entre intériorité, pensées, récits, … C’est ça la force principale du roman – la forme et le style, une plume aiguisée mariée à la condensation. Toute l’histoire nous est transmise par divers personnages, comme dans un film à la Gus Van Sant, où les travellings interminables nous dépeignent le moindre détail, rien n’échappe, tout est vrai, sans artifice. Les mots, le langage de chacun transparait, et avec lui, les stigmates des personnages ressortent. Leurs manière de s’exprimer, leurs tics de langage, tout est un matériau brut, que le lecteur doit polir. Original, vraiment, comme mise en scène, et surtout pour un roman noir comme celui-là. Son thème s’y prête bien, se dirait-on. Pas de dénonciation, pas de parti pris, que de l’objectivité journalistique face à un meurtre sans nom. Mais pourtant, derrière ce style épuré, se cache une plume révoltée et révoltante, une plume dénonciatrice. Comme derrière le meurtre se cache autre chose, les mots masquent la colère. Plus on avance dans l’enquête, et plus tout se dévoile (logique, non) même si l’on connaît déjà le coupable. Ce qui se dévoile, c’est autre chose : la vraie horreur, les harcèlements, la face sombre de l’homme, qui pousse et détruit, à petit feu, l’autre, son semblable, à coups de mots bien choisis, bien pesés. Simon Lelic met à nu l’humanité sombre et ses affres destructeurs, capables de transformer un homme en déséquilibré. L’horreur pour l’horreur, le massacre pour le massacre. Un roman, un premier roman, qui a tout pour plaire, incisif, engagé, épuré mais subtil à la fois. Mais le roman noir ne m’a jamais touché, ne m’a jamais marqué. Un roman noir me déstabilise, face à des réalités malheureusement dépeintes avec un effroyable réalisme. Réaction de protection incontrôlable, je ne peux rentrer complètement dedans, et je le prends avec mépris. Néanmoins, ce premier roman mérite une attention particulière, de par son thème, de par le traitement de ce thème, de par son habileté et sa profondeur immergée. Un bon roman, somme toute, qui rompt avec l’homme, rompt avec l’empathie des personnages, mais va au profond de la fêlure, là où tout commence – Rupture.

Mon appréciation : 16/20

Chroniques Outremers – Tome 1 : Méditerranéenne (BD)

Chroniques Outremers – Tome 1 : Méditerranéenne

De Bruno Le Floc’h

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Babelio et les Éditions Dargaud. Merci beaucoup !

Editeur : Dargaud

Nombre de pages : 56

Quatrième de couverture :

D’abord, la Méditerranée. Liro Tana et son bateau ont à leur bord un officier britannique, un groupe de révolutionnaires mexicains, un Indien du Yucatan, un équipage cosmopolite, et une cargaison d’armes allemandes. Si la Première Guerre mondiale bat son plein, les affaires continuent. Tana doit seulement jouer un peu plus serré que d’habitude, et surveiller tout son monde. La mer, elle, n’en fera qu’à sa tête, comme toujours…

Critique :

Une petite nouveauté pour bouleverser un peu le rythme de croisière des chroniques, bouleverser cette croisière dans l’océan de livres dont l’horizon s’éloigne toujours. Des bulles, des dessins, des mots mais dans des cases, des couleurs surtout. Une bande-dessinée à lire. Quelle joie de pouvoir donner son avis non pas sur une histoire et une plume seulement, mais sur un tout, sur une histoire qu’on dessine devant nous, où l’illustrateur s’expose littéralement. Quelques dimensions en plus / plus de liberté pour imaginer nous même les trames graphiques. Non, tout est là, sous nos yeux ébahis, enchantés, violentés. Un bonheur de chroniquer une bande-dessinée.

 Parlons croisière, justement. Enfin « croisière » est peut-être un peu trop idyllique pour décrire la situation. La mer est là, l’Océan : son immensité, son bleu profond, le soleil qui brûle ou qui se couche au loin. Mais l’équipage n’est pas là pour prendre des vacances. Un équipage éclectique, étrange, tendu. Des hommes mexicains dirigés par un mexicain, un général anglais, un capitaine mystérieux et qui garde secret un ancien amour insulaire, un navigateur aux allures de Popeye, et un autochtone quasi-invisible. Les trafics, les affaires en temps de guerre. Voilà ce qui occupe nos hommes. Voilà leur charbon qui fait avancer le moteur à vapeur. Ces braises incandescentes. Tout le monde est aux aguets, attentifs à la moindre erreur, qui signifierait se faire attraper par la douane. Non, la cargaison de fusils doit arriver à bon port, un port qui va vite changer au fur et à mesure de l’histoire. Car les hommes ne sont pas tendres entre eux, on se trahit, on se plante des couteaux dans le dos, et on garde ses affaires pour soi. Chaque homme sert, chaque homme sert d’appât. L’Océan est là, constamment, bouche béante ouverte, grande gueule bée qui attend d’engloutir ces enfants de la Terre. Des cases qui défilent, des couleurs qui défilent, et des personnages esquissés, cernés de noirs, de points et de traits noirs, comme souillés par une marée de pétrole, souillés par la guerre. Des révolutionnaires hauts en couleur, qui flottent sur l’immensité bleue. Dessins particuliers mais plaisants. Un scénario qui défile, qui défile à une vitesse incroyable. Les pages se tournent, les bulles se lisent et dépassent largement la vitesse de croisière. Une saga qui, je pense, peut cacher, par la suite, de nombreux recoins que l’on a pour l’instant à peine entrevus. Mais une histoire qui prend, on se laisse surprendre, avec joie, par ces personnages atypiques décidés à en découdre avec leurs ennemis et avec eux-mêmes. Une vraie réussite.

  Mon appréciation : 17/20

Blue Gene

Blue Gene

De Joey Goebel

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Bibliofolie et les Éditions Héloïse d’Ormesson. Merci beaucoup !

Editeur : Héloïse d’Ormesson

Nombre de pages : 584

Quatrième de couverture :

Quelque part au fin fond des Etats-Unis, Blue Gene, 27 ans, tatouages, coupe mulet, tongs noires et chaussettes blanches, gagne sa croûte en vendant ses jouets au marché aux puces.
Un brin rebelle, joyeusement immature, cet excentrique n’est autre que le mouton noir de la dynastie Mapother. Lorsque ces magnats du tabac décident de réaliser un rêve et de briguer le Congrès, leur loser de fils est appelé à la rescousse : avec dans leur camp ce fervent patriote, fana de catch et de bière, ces conservateurs bon teint empocheront les voix du peuple, à coup sûr. Cruelle sans être violente, cette comédie politique est l’expression de la contre-culture enjouée.

Critique :

Nouveau roman made in USA. Double flag des States, gigotés dans les airs par un bébé blond à la moue boudeuse. Le nouveau visage des États-Unis, le nouveau visage de l’Amérique. Farce mondiale, comédie politique pendant les élections, où tous les coups sont permis. A la fois première puissance mondiale mais aussi pays le plus sournois, le plus corruptible. Tellement de choses s’y passent, s’y déroulent, relayé par les chaînes de télé du monde entier, un Monde à lui tout seul, ces States. Une grande puissance peut aussi s’effondrer; image qui s’effrite, the American Dream commence à prendre de l’âge : la bourse / les attentats. Une grande puissance certes, mais qui reste touchable. Voilà le contexte où Joey Goebel, ancien punk et fin musicos prend la plume et décide de dépeindre son Amérique, son Amérique qui change, qui se transforme.

D’abord prendre le temps d’installer le décor, l’atmosphère à la fois grouillante et lente, légère et pesante, de cette nouvelle ville, de cette nouvelle vie qu’on partage. Et Joey prend le temps de l’installer, prend le temps de nous montrer chaque geste, tous les pans de la vie de ce personnage atypique. Blue Gene ou le mec marginal et banal, ancien « alcolo et drogué » selon sa famille, cheveux gras et sales, habillé certainement dans le noir, aucun accord, aucun intérêt, et qui vit grâce à la vente de ses jouets d’enfants, de ses figurines de super-héros sur le marché aux puces continu de la ville. Génial, une vie palpitante et pleine de rebondissements. Un mec super intéressant. Non, on est vraiment loin de là, TRES LOIN DE LA. Mi-homme, mi-nerd nouvelle génération, un peu plus social mais pas trop, juste par nécessité. L’écrivain nous prend à contre-pied, on ne s’attendait pas à ce genre d’histoire, et surtout à ce genre de personnage, totalement beauf et hors des carcans. On commence le roman dans un marché au puces couvert, véritable melting-pot entre vieux réacs de la guerre, maniacs des armes tranchantes et autres atypiques. C’est là qu’elle arrive, celle dont certains paragraphes parlaient, mais dont on ne savait presque rien, la bonne bourgeoise catholique, fan des statuettes de Jésus bien kitsch, qui vont vite remplir ses sachets, collectionneuse ? Non, c’est juste la mère de Blue Gene. Oui, sa mère. Autre surprise. Et une autre va pas tarder à arriver. Au fil de la discussion entre mère et fils qui n’ont plus vraiment de contact depuis 4 ans – on apprend qu’il manque soi-disant à la maison. Que ce fils qu’on classait comme timbré serait souhaité parmi les siens. Sauf que c’est pas par amour, mais par intérêt. Et voilà, l’aventure commence, la vraie, quand la politique s’en mêle. Car la famille de Blue Gene est juste une des familles les plus riches des USA, une famille conservatrice, ultra-catho et d’entrepreneurs qui adorent le fric. Sauf Blue Gene. Mais quand le frère John, patron, magnat de l’argent comme son père, décide de se lancer en politique, c’est là qu’on vient le sonner. « Hé, fréro, ça te dirait de me soutenir en politique ? Tu sais, ça me ferait vachement plaisir que tu sois là, à mes côtés. » Tu parles, il va se laisser berner. Pas d’amour, j’ai dit, juste de l’intérêt pur et simple. Parce que Blue Gene, avec son image de simplet new-génération, il saurait rapporter les voix des beaufs et des masses populaires pour son frère adoré. Joey Goebel nous balance son histoire, on est pris dans ce torrent médiatique et corrompu, dans ce monde tellement artificiel, et on adore ça. Burlesque et révoltant, ce roman possède une langue clinquante, directe, et bien tatouée sur la peau des personnages. Un fucking good bouquin, jusqu’à la fin, ultra mais ultra kitsch à la conservatrice, juste génial. Quelques longueurs, ouais, mais on t’pardonne gars, parce que tu tranches dans le lard, et que tu sais faire dans la finesse. L’intelligence et la verve. Tout ce qui faut pour vivre, tout ce qui faut pour écrire.

Mon appréciation : 17/20

Charleston Sud

Charleston Sud

De Pat Conroy

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Newsbook et les Editions Livre de Poche. Merci beaucoup !

Editeur : Livre de Poche

Nombre de pages : 795

Quatrième de couverture :

Chronique familiale, Charleston Sud est aussi l’histoire d’une génération. Celle du narrateur, Leo King, et d’un groupe d’adolescents venus de tous horizons : rejetons de l’aristocratie locale, orphelins des Appalaches, fils de l’entraîneur noir de football, et jumeaux d’une étonnante beauté, Sheba et Trevor Poe, qui tentent d’échapper à une mère psychotique. Le récit alterne entre 1969, année glorieuse où Leo et ses amis partent à l’assaut des barrières religieuses, sexuelles, sociales et raciales de Charleston, et 1989, où Sheba, devenue une star d’Hollywood, les supplie de retrouver son frère gay, disparu à San Francisco.

Critique :

Il y a de ces romans-fleuves, où les années passent, tome après tome, et où l’on voit grandir, évoluer, se métamorphoser les personnages, les êtres et ce qui les entoure. Un roman-fleuve est, par définition, en plusieurs tomes, car une vie ne peut pas tenir en un objet. Pat Conroy, avec son roman de près de 800 pages en poche promettait une grande fresque à l’américaine, un roman-Mississippi que seuls les vrais de vrais savent écrire. Un roman qui nous emporte, dans l’espace, et dans le temps. Car oui, Charleston Sud, est un roman-fleuve, à sa manière, ou un roman-ville. Huis clos avec plan large, et plan subjectif, description et introspection. Un roman où l’on voit grandir et vieillir.

Pour ce nouveau roman, c’est un nouveau regard qu’on nous propose de revêtir. Celui de Leo King, dont la vie, si le bilan devait être fait en cette pleine période d’adolescence, fut remplie de malheur et de déception. Depuis le suicide de son frère – case psychiatrie – le manque d’amour de ses parents réapparait comme une blessure cicatrisée qui saigne encore. Pas assez bien, pas aussi bien que son frère, sur tous les plans, et ses parents lui font ressentir. Si seulement il n’était pas mort, si seulement. Mais ce nouvel été va peut-être se révéler différent des autres. Rencontres importantes, rencontres qui vont changer sa vision de la vie. 8 personnages vont apparaître, au fur et à mesure, dans son adolescence tourmentée et chagrinée, 8 personnages totalement différents vont le grandir, chacun à sa façon, plus ou moins brutale, vont l’écouter puis l’apprécier : Starla et Niles / Molly et Chad / Sheba et Trevor / Betty / Ike. 8 facettes, 8 rejetons d’une ville en pleine mutation, 8 chimères d’une mère béton. Puis c’est le saut, le grand saut. Le saut dans le temps, on retrouve les mêmes, du moins une grande partie au départ, vieillis, casés, adultes et vaccinés. Déroutant, une grande ellipse narrative – que s’est-il passé entre temps ? Rien, on ne sait rien. C’est comme si on avait manqué une chaîne du maillon, un bout de la fabrication, on ne voit pas la confection des jouets par les lutins du Père Noël, on n’en voit que le résultat, au pied du sapin. Et là, grande déception du roman, le roman-fleuve s’effondre, s’enfonce dans la terre glaireuse des berges, et s’engouffre, s’assèche. Les personnages vieillis, certes, mais ô combien stéréotypés. Une horreur à l’état pur. Le roman m’avait envoûté dans cette adolescence torturée et nébuleuse, mais là, les défauts de la narration réapparaissent, devant moi, comme un claque. L’homo, le bobo, les aristo, les délinquants… Est-ce ça une réflexion sur une ville en changement, sur une société parcourue de clichés, sur une société où sa place est difficile à prendre ? Non, je crois qu’utiliser en un seul groupe différents personnages, comme un mauvais microcosme, n’est qu’une manière de dévier la question, dévier la réflexion. Moi qui m’attendait à un grand livre qui donne à réfléchir, je me retrouve avec un gros livre sur un personnage qui en rencontre d’autres, dans une belle ville pittoresque. J’aurais du revoir mes ambitions à la baisse, mais bon, livre lu, je ne vais pas dire qu’il ne m’a pas plu. C’était sympathique, un beau voyages, de (belles) rencontres. Mais j’ai un mauvais goût dans la bouche, un espèce de regret insoutenable, comme quand, enfant, j’étais persuadé, vu la taille du paquet, que mes parents allaient m’offrir la nouvelle console de jeu, alors qu’en fait ce n’était qu’un nouveau petit meuble Ikea. Je me suis trompé amèrement et je le regrette. Trompé sur la visée de ce livre. Il ne s’agissait pas de remettre en question la société américaine, mais juste d’écrire une belle saga qui se déroule dans une ville que l’auteur apprécie particulièrement. Moins beau, tout de suite, moins honorable, mais cela reste joli. Un joli roman.

Mon appréciation : 14/20

La Forêt des 29

La Forêt des 29

De Irène Frain

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Bibliofolie et les Éditions Michel Lafon. Merci beaucoup !

Editeur : Michel Lafon

Nombre de pages : 453

Quatrième de couverture :

Dans ce pays aimé des poètes, les puissants ont tout saccagé. Pour leurs constructions mirifiques, ils ont déboisé les forêts, méprisé les forces de la terre et du ciel. Le vent s’engouffre dans les villages, la sécheresse s’installe, le fossé entre les riches et les pauvres devient intolérable, la misère rôde, la vie est en danger. Pourtant chacun courbe l’échine… Un jeune paysan va refuser la fatalité. Rejeté par les siens, Djambo a rejoint le peuple des Errants, connu la faim, la soif, la passion et l’inanité des rêves d’abondance. Avec quelques vagabonds, il fonde une communauté dont la survie tient à 29 principes simples. Leur ligne directrice : le respect de la Nature et de tous les êtres humains. Ces principes vont permettre au Pays de la Mort de ressusciter.

Critique :

Grandes villes aux minuscules coins de verdure; étouffée, la Nature. Société urbanisé, machine infernale. Le moindre obstacle se brise, se coupe, s’arrache, se déracine. Plus rien ne fait peur à l’homme, plus de mystique, plus de divinité, plus de phénomènes inexpliqués. Chacun dans son coin vit, affublé de deux grandes œillères, opaques et sombres, histoire de ne plus voir ce qui nous entoure. Mais il y a des choses qui nous font réfléchir, des gens qui nous montrent cette cécité désolante à laquelle on ne peut répondre. Irène Frain nous offre ce livre, nous aide à porter un regard neuf, un autre regard du moins sur cette chose immense mais limitée : la Nature. La Foret des 29 est une réflexion sur ça, la Terre, l’eau, le vent, le Vert et l’homme. Mais des mots suffisent-ils à embarquer le lecteur dans un autre monde, à penser, à agir autrement. Tout dépend, tout dépend de sa sensibilité, de ses convictions. Moi, le roman ne m’a, malheureusement, pas convaincu.

L’histoire se passe en Inde. En Inde où un jeune paysan (Djambo) va se revolter contre les puissants, se révolter contre ce destin tracé d’une craie jaune sur le sol rougeoyant. Rejeté par les siens, par sa famille, il erre et se trouve en endroit où il se sent bien. Un endroit qu’il va façonner, le paysage et les mentalités. Enflammé par les croyances, par les traditions indiennes, il va créer une société, une société régie par 29 lois, 29 phrases clés, autant de piliers sur lesquels s’appuyer. 29 phrases et des centaines de mots, des mots simples pour des choses simples : respecter la Nature, l’Homme, la Femme. Les produits de la Nature, dont la finitude semble sans cesse ressurgir. Les enfants de la Terre, voilà le destin des Hommes, et non les maîtres de la Terre. Enfants d’une immensité qu’il faut remercier, chaque jour, comme ceux qui nous ont donné la vie. Irène Frain enchaîne les phrasés organiques, elle fait couler les mots, modèle ce nouveau décor avec brio. Mais trop, beaucoup trop. Pour moi, il aurait fallu une juste mesure, une Histoire qui nous emmène loin de cette contrée que l’on repousse, loin de nos contrées. Le roman est long, beaucoup trop long pour un tel message. Revenir au simple, et non vouloir trop bien faire, forcer le magique, forcer le mystique. La magie doit venir des mots les plus simples, des histoires les plus communes. Beauté de la banalité. Beauté de la Nature. J’ai aimé le roman dans le sens où il ose, il ose penser autrement, propose une fable, une sorte de conte écolo-fabuleux. Mais je n’aime pas qu’on me force la main, qu’on m’intègre, sans objectivité, dans un Monde différent. Djambo et sa société ne m’ont pas séduit, encore trop illusionnés par des croyances en tout genres. Un bel essai, un bel été passé. Mais sa lumière s’est déjà éteinte, trop fragile face à notre façon de vivre. Trop fragile.

 

 

Mon appréciation : 14/20

Les Ailes de l’Ange

Les Ailes de l’ange

De Jenny Wingfield

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et les Éditions Belfond. Merci beaucoup !

Editeur : Belfond

Nombre de pages : 350

Quatrième de couverture :

Bercé par la musique country et le gospel, un premier roman lumineux qui nous plonge dans l’atmosphère languide du Deep South des années 1950. Une oeuvre aussi drôle que bouleversante sur la perte de l’innocence, la solidarité familiale et la force de l’amitié. Dans les plaines de l’Arkansas, dans une petite maison qui fait aussi épicerie et bar vivent les Moses, une famille joyeusement bruyante où l’on surmonte grandes déceptions et petites tragédies par un coeur bon et une âme généreuse. C’est là que grandit Swan, garçon manqué de onze ans qui déteste les jupes et adore jouer à la guerre avec ses frères. Une rencontre va bouleverser la vie de Swan et celle des siens : Blade a dix ans. Il a peur. Son père est un homme sadique, un monstre de violence et de cruauté. Un jour, c’est le coup de trop, un geste atroce, d’une horreur indicible. Pour les Moses, il y a urgence, il faut protéger l’enfant. Mais, face à l’effroyable désir de vengeance d’un être animé par le mal, tout l’amour du monde pourrait bien ne pas suffire…

Critique :

Les Ailes de l’Ange, pouvoir incommensurable, but à nous tous. Voler, planer au dessus de tous ces hommes, surplombant leurs angoisses, leurs peurs, leurs querelles et avoir un savoir omniscient. Mais aussi un devoir protecteur, protéger les hommes, les humains, l’humanité. Veiller sur eux, veiller sur les enfants qui, à leur tour, deviendront grands. Jenny Wingfield nous donne ces ailes, ces ailes d’ange si belles et si grandes, pour voir et assister au petit théâtre du monde. Un petit théâtre riche en rencontres et en rebondissements.

Ouvrir le livre de conte et rencontrer les personnages – un étape si intense dans le récit. Premières rencontres, premiers aprioris. Tout commence chez la famille Moses – le père John et la mère Calla, qui pour une simple broutille, ont décidé de diviser leur petit commerce. John a ouvert un bar la nuit, à l’arrière de la maison, Calla reste dans le magasin de jour. Deux commerces dans une même demeure, mari et femme. Etrange comme situation. Puis un choc brutal, apparaîssent les enfants, cachés derrière un buisson, et le père assis, une arme en bouche, prêt à tirer. Premières esquisses de traumatismes d’enfance. Images choquantes pour nous et pour eux. Difficiles à supporter. On parle de Swan, le vrai garçon manqué, qui commence peu à peu à se faire un place importante au fil de l’histoire. Puis la recontre avec Toy, l’oncle qui revient de la guerre, bourru mais au grand coeur. Et les femmes de la maison, du moins les femmes des fils de la maison, et leurs époux. Tout un beau monde qui se retrouve pour une réunion de famille, une réunion qui va se terminer brutalement. Suicide. Coup de revolver qui fait trembler les murs de la demeure. Qui ? Un homme qui était un pillier. Un homme qui faisait tourner l’engrenage de la famille Moses. Puis une autre rencontre, du moins, un voyage vers l’outre-forêt, vers un voisin ignoble, violent. L’écrivaine nous assène d’images violentes. Et son fils, Blade, qui est là, mais qui bientôt ne sera plus. Il va venir, venir chez les Moses puis se faire adopter. Une adoption qui n’aurait jamais du avoir lieu.

Jenny Wingfield, une plume exquise. Magique, lunaire, solaire. Elle dépeint avec précision tous ces protagonistes qui fourmillent, animés par des forces étranges, pantins de chair qui gigotent sous nos yeux. Une écrivaine qui nous filme plus qu’elle écrit. Qui nous fait voir plutôt que de nous faire lire. Un film qui met, un peut trop de temps peut-être, à se mettre en place, la bobine rentre mal sur l’engrenage. Mais, au final, une écrivaine à retenir, et un roman à acquérir.

Mon appréciation : 16/20