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L’Histoire d’Edgar Sawtelle

L’Histoire d’Edgar Sawtelle

De David Wroblewski

Critique dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et Le Livre de Poche

Editeur : Le Livre de Poche

Nombre de pages : 702

Quatrième de couverture :

Dans une ferme isolée au nord du Wisconsin, le jeune Edgar Sawtelle grandit seul entre son père et sa mère, avec lesquels il ne peut communiquer que par le langage des signes. Depuis deux générations, les Sawtelle élèvent et dressent une race de chiens d’exception «à qui il ne manque que la parole», dont Almondine, l’amie de toujours d’Edgar, est un merveilleux exemple. À l’arrivée de Claude, l’oncle du garçon, la paix du foyer vole en éclats.

Commentaires :

Les hommes s’intéressent au langage. Un langage, propre de l’homme. Un langage qui nous unit, qui nous sépare. Tous ces mots qu’on utilise, sans plus y faire attention, du réveil au coucher, ces flots interminables de sons, de phrases, de cris qui sortent de notre bouche, aussi simplement que l’on respire, que l’on mange, que l’on regarde les choses. Cette langue qu’on apprend, étant petits, par l’oreille, par l’écoute attentive de la voix rassurante des parents, des gens qui nous entourent. Puis arrive notre premier mot … Et là, on sort de l’infans, on sort de notre rapport d’essence à essence avec la Nature, non, le langage apparaît et tout disparaît. Car oui, ces mots nous éloignent de la Nature, du Monde. Pourquoi y a-t’il tant de langues différentes, si elles exprimaient toutes la même chose ? Non, elles sont toutes différentes, car aucune n’est parfaite. Aucune ne permet à l’homme d’exprimer l’essence des choses, de sentir, de percevoir, de transmettre. L’homme n’est plus qu’un objet du langage, voué à mettre des mots sur des choses distantes, plus éprouvées. Le mot sépare du Monde, ce n’est pas ces quelques sons qui vont rendre la valeur d’un être, d’une partie du Monde. C’est en cela que le Monde de l’enfance est exemplaire, ce Monde où l’on touche encore l’harmonie avec ce qui nous entoure, on s’inscrit dans cet entourage, dans ce décor. Paradoxalement, le langage est aussi pour l’homme le moyen de s’affirmer, il n’est plus qu’élément de la Nature, mais un élément différent de cette Nature. Je suis homme. Et j’observe la Nature. Le langage est si important, si intriguant, si complexe. Alors qu’en est-il quand notre bouche ne peut former des mots ? Qu’en est-il quand c’est nos mains qui signifient les choses ?

Edgar Sawtelle. Il est muet. Il ne peut parler. Seulement ses mains, ses mains et ses gestes, vifs, agiles, riches. Voilà un autre langage qu’on tente d’approcher dans le roman. Une autre façon d’appréhender le Monde. Toute son enfance, on la partage. On le voit grandir, s’affirmer, devenir autonome. Comment ? Grâce aux chiens. L’Animal; l’autre facette de ce rapport au Monde, toujours et encore la même question. Ici, ceux qui sentent le Monde se rapprochent, se comprennent. L’enfant, l’enfant sourd et le chien. Des chiens,plein de chiens, même. Un chenil, le chenil Sawtelle. Dans cet univers de paille, de fer et de bois, dans cette grange, dans ce chenil, on a l’impression que tout converge. Que tout tourne autour de lui, qu’on y revient toujours. Ces enclos alignés, toutes ces truffes qui tâtonnent, flairent, touchent. Les chiens aboient; peur. Les chiens s’amusent; joie. Les sentiments n’ont jamais été aussi vrais, aussi simples. L’élevage n’est pas simple, depuis deux générations, les Sawtelle s’affairent à dresser des chiens exceptionnels, intelligents. Depuis la naissance, le dressage est un travail laborieux, dur; mû par le désir de voir le chien apprendre, et transmettre. Une nouvelle éducation, basée sur la transmission. Enfin bref, Gar et Trudy, les parents d’Edgar ne soufflent jamais, mais leur travail est un accomplissement quotidien. Puis Edgar apprend à son tour, dresse les chiens, aime les chiens. Surtout Almondine. Et puis voilà, cet univers clos, fermé sur lui-même mais en même temps enrichissant, laisse entrer quelqu’un, celui qui va tout faire dérailler. Claude, le frère de Gar. Il arrive, il s’installe, il aime les chiens aussi. Puis les disputes; le départ. La Mort frappe. Edgar retrouve son père entrain de mourir dans le chenil, sur la paille. Il veut appeler les secours, décroche le téléphone, et rien; rien ne sort de sa bouche. Puis le Noir. A deux maintenant, à deux maintenant, il faut tenir le chenil. Maman, dis-moi la vérité; maman je veux savoir : tu l’aimais ? Car cette Mort cache autre chose, un remords, des coups, des incompréhensions. Et des émotions inscrites, là, pour toujours.

Intense; je crois que c’est le mot juste. On ne peut y être indifférent, on ne peut pas ne rien ressentir. Il y a une chose que j’ai trouvé remarquable, la justesse de l’écriture. Comment transcrire ce que ressent Edgar, ce qu’il dit, par les gestes ? Et bien, tout simplement par des phrases, sans guillemets. Une chose simple, aussi simple que la ponctuation; dont on oublie l’essence, comme les sons, les mots. Cette justesse m’a troublé. Après voilà, il y a cette volonté de grands espaces, confronté à cet espace clos; ce désir d’aider Edgar, le soutenir, le comprendre; mais le début est long. C’est dur de rentrer dans un roman comme celui-ci, j’ai eu du mal, les chiens ne sont pas ma tasse de thé. Mais au fur et à mesure, voilà tous ces gens, tous ces personnages; et même les chiens, tu les sens, tu les ressens. Il suffit de tendre la main pour toucher le pelage et les museaux. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre ces pleurs, ces aboiements, ces gémissements. Enfin, il suffit de plisser les yeux pour voir les signes, les signes d’Edgar, ces mains qui racontent, qui parlent. Et comprendre.

Mon appréciation : 16/20

 

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4 Réponses

  1. Je me disais bien que ce titre me disait quelque chose… effectivement, il traîne dans ma PAL depuis des lustres. Sans doute son format de pavé m’aura découragé jusque-là de l’ouvrir. A tort, si je t’en crois 🙂

    • Parfois, les PAL réservent bien des surprises =) Et internet aussi, je viens de découvrir ton blog que je ne connaissais pas ! Merci en tout cas pour ton commentaire, et peut-être aurais-je l’occasion prochaine de lire ton avis sur l’Histoire d’Edgar Sawtelle !

  2. Très belle note. Tes mots m’ont envoutés! Moi qui aime beaucoup les chiens, qui ait un lien particulier avec les animaux, je devrais adorer ce roman!

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