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Mise en Bouche

« Mise en Bouche »

Critique dans le cadre d’un partenariat sur le site Babelio

De Kyung-Ran Jo

Editeur : Philippe Rey

Nombre de pages : 236

Quatrième de Couverture :

Quand l’homme qu’elle aime la quitte pour la belle Lee Seyeon, une de ses élèves, la jeune et célèbre  » chef  » Jung Jiwon ferme l’école de cuisine qu’elle dirigeait, et sombre dans une profonde dépression.
Avant de perdre tout sens du goût et de la vie, elle se réfugie dans le poste d’assistante qu’elle a occupé autrefois auprès du chef de Nove, le plus connu des restaurants italiens de Séoul. Un travail, ou plutôt un sacerdoce, qui peu à peu va lui permettre de refaire surface et de redécouvrir le plaisir sensuel de la nourriture. Un retour à la vie dont elle fait ici un récit sous-tendu par la folie d’une passion dévorante, mais où perce, entre foie gras à la toscane, crevettes aux pommes et pizza à la coréenne, une détermination sans faille.
Avec une lenteur et une minutie tout orientales, la cuisinière amoureuse échafaude un plan de séduction culinaire pour un acte final, vengeur et triomphant…

Commentaires :

… (Bruit de l’eau qui bout dans la casserole en cuivre). Les bulles se forment dans l’eau bouillonnante, remuent, s’agitent, naissent, grossissent et grandissent en un éclair. Elles montent, montent, jusqu’à atteindre la surface où elles éclatent dans un paroxysme purement physique. La cusine est enfait un salle du Conservatoire, un lieu de symphonies, d’orchestres. Un lieu où couteaux, eau et cuisson ne font qu’un, une mélodie métallique, mais organique, chaleureuse. L’eau bout, le saumon rosit et crisse dans la casserole, l’ail se fait découper et trancher dans un rythme régulier – une Trinité, un triptyque harmonieux et délicat. Le roman de Kyung-Ran Jo m’a ouvert les yeux sur la face cachée de la cuisine, une face où les sens se mêlent, et où la vue, le goût, l’odorat, le toucher et l’ouïe sont sur un même pied d’égalité.

Tout allait bien. Oui, tout allait très bien. Une vie si belle, une école de cuisine qui marchait à merveille, qui accueillait de plus en plus d’adeptes, une passion dévorante pour la cuisine qu’elle pouvait transmettre et montrer à des regards curieux et ébahis, un Mari aimant, toujours présent à ses côtés, un chien affectueux, une Maison remplie de Vie et d’Amour, oui …. elle était heureuse, si heureuse que son petit Monde paraîssait inaliénable, intouchable. Une tour d’ivoire si haute, dont les marches si nombreuses auraient dissuadé même le plus mesquin des esprits. Mais elle a peut-être oublié que le Mal, si loin, si impensable, peut aussi venir de l’intérieur. Il a suffi d’une image pour que la tour s’effondre, il a suffi d’un acte pour que sa vie vacille et vole en éclats. L’Acte, l’Amour avec un grand A, l’Amour Charnel, si intime, si cru. Les passions se déchaînent, se brouillent, l’Aveugle tâtonne et ouvre grand les yeux. Un acte insaisissable par les mots, une découverte, un partage. Mais …. une autre femme. C’est une autre femme. Pas elle non, ce n’est pas elle devant ses yeux, nue, allongée devant son mari. C’est Lee Seyeon. Une fille parfaite, belle, raffinée, cultivée. Dans son salon, nue. La blessure s’ouvre violemment, la peau se déchire, le si beau monde éclate et les fragments aiguisés lui lacèrent le coeur. Puis un divorce, une séparation, un Vide, un manque qu’elle ne peut combler. Mais une seule chose pourra lui permettre de se raccrocher à la Vie : la cuisine. Une cuisine rédemptrice, une cuisine de passions et de rages, une cuisine de l’existence …

Ce roman : un agréable moment. Agréable, dans tous ses sens. Un roman où la cuisine dépasse le matériel et nous accompagne, se révèle. Jung Jiwon, la Cuisine, deux miroirs face à face. Eternel reflet, éternel retour. La cuillère tourne, tourne dans l’épais bouillon, la vie s’emballe et tourbillonne, dans un abîme sombre et imprévisible. L’eau jaillit, les larmes coulent, le feu brûle sur la gazinière, le coeur souffre. Les aliments n’ont jamais été aussi proches de l’Homme, de la Femme. Mais voilà : un grain de semoule dans un tas de riz. Une chose qui trouble cette agréable impression d’harmonie : la Fin, la Fin prévisible, la Fin qu’on voit arriver depuis longtemps, comme un aliment pas assez cuit, alors qu’il aurait dû me brûler la langue, me surprendre, me déranger. La grande Chef a raté sa dernière cuisson, les courbes de la chantilly ne sont pas assez parfaites – infime pourrait-on dire, oui, mais essentiel. Un gâteau sans cerise n’est pas un gâteau. Aussi bon soit-il …

Mon appréciation : 14/20

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5 Réponses

  1. Je ne pense pas le lire mais ta critique est vraiment sublime, très très bien écrite ! (^-^)

  2. Merci beaucoup Wilhelmina ! C’est très gentil à toi … et ça me fait très plaisir ! 🙂

  3. Hello ^^ J’ai fais un article bilan, un an après la création du challenge Matilda. Si ça t’intéresse voici le lien pour le lire :

    http://raison-et-sentiments.cowblog.fr/matilda-s-contest-un-an-plus-tard-3015122.html

  4. Bonsoir,

    C’est fou les perceptions !

    Je tiens avant tout à dire à quel point j’aime la façon dont vous écrivez. C’est bien plus que Kyung Jo Ran a résussi a provoquer en moi.

    Personnellement ce livre m’a ennuyé, je le trouve médiocre et oui la fin est cousue de fil blanc. En même temps ce n’est pas du tout le genre de livre qui m’attire l’un explique peut l’autre.

    En tout cas merci pour ce billet si joliment écrit.

    • Bonjour Mademoiselle K,
      C’est vrai, ce roman est assez étrange, mais pour moi, cette écriture ressemblait à une cuisine d’un grand chef, impeccable de propreté, presque hermétique, morne et vide, et c’est dans cette optique que j’ai pu apprécier l’atmosphère du récit 🙂 Oui, peut-être que le genre de livre peut provoquer des apriori qui freinent un peu la lecture, mais de toute manière, ce n’est vraiment pas un très grand roman …
      En tout cas, merci énormément pour votre commentaire ! Cela me conforte, dans mes doutes sur l’utilité et la qualité de mes critiques. Cela me fait énormément plaisir 🙂

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